crane.jpg

Un truc qui me chiffonne un peu de temps en temps, c’est mon incapacité chronique à arrêter de fumer.
Le lendemain des jours où j’ai un peu abusé, j’ai la gorge et les bronches irritées, et je me dis : « Allez Nath, ça y est, t’as un pied dans la tombe, tu vas crever, bien fait sale bête… », et tout ça.
Non, je suis pas hypocondriaque, juste réaliste. J’ai 44 ans, je fume depuis l’âge de 14 ans, avec quelques intermèdes quand j’ai fait mes gosses. Je suis tellement accro que j’ai repris à chaque fois, triple buse que je suis. Enfin bref, je sais pertinemment que ça va me tuer, et curieusement, je m’en fous globalement un peu.
Rock’n’roll attitude, inconscience totale ou quoi ? Ce qui est sûr, c’est que vu les messages qu’on nous assène en permanence sur les méfaits de la méphistophélitique cigarette, je ne risque pas d’être dans l’ignorance de ce qui m’attend. Comme tout bon fumeur qui se respecte d’ailleurs. Suffit de lire un paquet.
Curieusement, par contre, on ne nous dit rien des dangers des pesticides, PCB et autres saloperies qu’on ingurgite depuis des dizaines d’années et qui provoquent leucémies, malformation fœtale, cancer des couilles et autres stérilités masculines.
Là non, vaut mieux pas savoir, pas vrai ?

Bref. En fait ce qui m’interroge c’est ce besoin frénétique de vouloir prolonger la vie à tout prix.
Maintenant, non seulement faudrait arrêter de fumer mais en plus il faudrait arrêter de picoler ! Même du vin !
Il y a 10 ans le vin était paré de toutes les vertus anti-oxydantes etc, et maintenant il parait qu’avec 1 verre / jour il augmenterait de 9 % le risque de cancer colorectal. Ah, mais attend, par rapport à quoi ? Par rapport à ceux qui ne boivent pas du tout et qui bouffent consciencieusement leurs 5 fruits et légumes par jour ? Faut se méfier de ce que nous disent les pourcentages.
Parce que si 0,77 % des gens choppent un cancer du côlon, et si de boire du vin augmente de 9 % les chances d’avoir un cancer du côlon, ça veut dire que 0,83 % des gens qui boivent vont développer un cancer. Vous suivez le raisonnement ? 0,83 % au lieu de 0,77 % ! Et encore, je n’ai pas trouvé le pourcentage de décès dû au cancer du colon chez les non-buveurs.
Pour le cancer de l’oesophage, le rapport indique une augmentation de 28 % du risque. 0,124 % de décès étant dû à ce cancer, cela nous amène à 0,124 + 28 % de 0,124 = 0,158 % Quant au cancer de la bouche, pharynx et larynx, le pourcentage initial est de… 0,0771 % ! Même avec une augmentation de 168 % du risque comme prétend le rapport, ça ne fait jamais que 0,2 %. Données : Inserm
Ah, ça vaut bien la peine de nous mettre la rate au court-bouillon ! Heureusement que j’ai un papa prof de maths qui m’a bien expliqué comment marchent tous ces pourcentages terrifiants. Sinon, qui sait, j’aurais peut-être renoncé à mon petit ballon quotidien…
N’oublions pas non plus que la consommation d’alcool baisse régulièrement en France depuis 50 ans, mais que les cancers, eux, augmentent dans les proportions inverses. Ha ha ha. On voit tout de suite l’incidence, ça crève les yeux, non ?
Il semblerait qu’un cancéreux coûte plus cher à la sécu qu’un alzheimer.
Vous je sais pas , mais moi je doute furieusement, là, qu’entretenir un grabataire réduit à l’état de poireau faisandé pendant 20 ans soit beaucoup plus économique qu’administrer un peu de morphine à un cancéreux en phase terminale.
Sans parler de l’intérêt pour un être humain digne et responsable comme vous zet moi de finir sa vie à se faire caca dessus sans même s’en rendre compte.
Franchement, je préfère qu’on me pique avant. Ou alors, continuer comme maintenant à profiter joyeusement des avantages de la clope et du jaja, avec mes potes, et emmerder les tristes sires qui prétendent nous empêcher de… tout, en fait.

Ah oui, c’est vrai, j’avais oublié qu’avec la privatisation des services publics, c’est plus à la sécu que notre déplorable hygiène de vie va coûter des sous, mais aux mutuelles et assurances privées. On comprend dès lors pourquoi notre cher gouvernement ultra-libéral s’offusque de nous voir tomber malades prématurément. Enfin, pour l’instant, sa sollicitude ne va pas jusqu’à réglementer l’industrie agro-alimentaire pour limiter les dégâts sur notre santé des saloperies qu’elle nous fait ingurgiter. Ni à légiférer sérieusement sur l’usage intensif des pesticides dans nos belles régions. Ben non, faudrait pas embêter ces braves gens qui se font tellement de fric sur notre dos. C’est tellement plus sympa de faire chier le consommateur avec des rapports bidons et des conseils à la con sur des fruits et légumes pollués et de toute façon trop chers pour nos pauvres petites bourses de crisards affamés.
Ah la la. Je m’étale, je m’étale, mais ça m’énerve, aussi. Ainsi que les veaux qui font qu’à répéter bien sagement ce que la maîtresse a dit : « Quoi, tu fumes ? Mais tu sais pas que… bla, bla, bla. ». Si, je sais. Je sais très bien. Et peut-être que quand le crabe me tombera dessus je regretterais amèrement toutes ces années d’insouciance et d’enfumage jouissif, mais en attendant je suis bien contente d’habiter sur une île tropicale où les troquets sont en terrasse toute l’année.
Et toc.

Petit bonus à voir qu'a rien à voir : dictionnaire des verbes qui manquent de mon ami pour la vie.